Les Gitans, ces voyageurs devenus un emblème de la Camargue provençale

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Fête de Sainte Sara

La Sainte Sara : quand la Camargue devient la capitale du peuple gitan. 😎

Ce week-end, pendant que certains faisaient griller les sardines dans le jardin ou râlaient déjà contre les moustiques, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c’était la grande fête de Sainte Sara. Et là-bas, mon pauvre, on ne parle pas d’une petite kermesse avec trois cierges et une buvette. Non. C’est un raz-de-marée humain. Des caravanes partout, des guitares, des robes qui tournent, des chants qui montent dans les rues blanches de Camargue, et cette foule qui descend Sara jusqu’à la mer comme si toute la Méditerranée retenait son souffle. Parce qu’en Camargue, les Gitans ne viennent pas “en vacances”. Ils viennent chez eux.

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Gitans, Roms, Manouches… mettons les choses dans l’ordre !

Déjà, première chose : le mot “gitan” ne veut pas dire “rom”. Aujourd’hui, les gens mélangent tout comme une bouillabaisse mal faite. Le Gitan de Camargue, avec sa rumba, sa chemise ouverte et sa passion pour le flamenco, ce n’est pas forcément le Rom arrivé récemment de Roumanie. Mais comme d’habitude, le monde moderne adore tout mettre dans le même sac pour éviter de réfléchir deux minutes.

Les Roms actuels d’Europe de l’Est, les Manouches, les Sintés, les Gitans espagnols… tout ça appartient à une grande famille de peuples voyageurs ayant fui l'invasion musulmane du nord de l'Inde entre le IXe et le XIe siècle, mais avec des trajectoires différentes, des histoires différentes, des cultures différentes et parfois même des modes de vie qui n’ont plus grand-chose à voir entre eux.

Migration des Gitans

Le mot “gitan” est un diminutif pour dire “Égyptien”. Au Moyen Âge, quand ces peuples sont arrivés en Europe, beaucoup racontaient venir d'Égypte afin d’obtenir protection, car à l’époque dire : “Nous sommes des pèlerins chrétiens venus d’Égypte” passait bien mieux que : “Nous sommes un peuple itinérant inconnu débarqué d’Orient.” Les gens ont donc raccourci “Égyptiens” en “Gitans”.

Même leur drapeau garde la trace de leurs origines indiennes : la roue rouge romani reprend le chakra du drapeau de l’Inde, symbole du voyage et du mouvement éternel.


Contrairement aux Juifs dispersés à travers le monde qui ont conservé une religion intacte, les Gitans ont adopté au fil des siècles les croyances des terres traversées, tout en gardant un socle spirituel propre mêlé de rites familiaux, de superstitions, de culte des protecteurs et d’un rapport très mystique au sacré hérité de leurs lointaines origines orientales.

Comment la Camargue est devenue leur Vatican

Et là, on arrive à un personnage énorme, un vrai personnage de roman provençal : Folco de Baroncelli.

Un Aixois complètement habité par la Camargue. Un aristocrate devenu gardian. Un homme qui vivait comme un cow-boy provençal avant même que les Américains vendent leur folklore au cinéma.

Au début du XXe siècle, Baroncelli va défendre les Gitans quand tout le monde les regarde de travers. Lui voit autre chose : un peuple libre, fier, nomade, avec ses codes, ses chants et ses traditions. Il les accueille, les protège, les met au cœur de l’identité camarguaise. Presque une sanctification.

Sans Baroncelli, il est probable que les Saintes-Maries ne seraient jamais devenues ce haut lieu spirituel gitan. Il a compris avant les autres qu’un peuple sans terre pouvait se sédentariser, suffit le lui trouver un lieu sacré.

Et depuis, chaque année, la Camargue devient leur Jérusalem, leur Rome, leur Mecque. Leur point de ralliement du cœur.


Un folklore qui sent le cuir, le feu et les chevaux

Le folklore gitan, ce n’est pas une animation touristique pour Parisiens en vadrouille. Ça vient d’un mélange immense : l’Inde ancienne, les Balkans, l’Espagne andalouse, les routes qu'ils ont empruntés.

Le flamenco, les guitares gitanes, les voix cassées qui chantent l’amour, la mort, l’exil, tout ça vient de siècles de voyages et de brassages. Ça claque des mains, ça tape du talon, ça rit fort, ça pleure fort aussi. Chez les Gitans, tout est excessif. Même la joie a l’air d’une bagarre.Chez eux, la musique n’est pas un décor. C’est une façon de survivre, comme le blues pour les eclaves noirs aux USA.

Et puis il y a les chevaux, les bijoux, les tissus colorés, les caravanes décorées, les repas géants, les familles interminables où tu ne comprends jamais qui est le cousin de qui mais où tout le monde finit par manger ensemble quand même.

Sainte Sara, la mystérieuse reine noire

Dans la tradition chrétienne provençale, Sara aurait accueilli les Saintes Maries arrivées de terre Sainte sur une barque après la mort du Christ. D'autres affiment qu'elle était sur la barque avec elles. Une servante au tient halé. Une protectrice.


Mais derrière cette histoire chrétienne, beaucoup voient quelque chose de plus ancien. Certains chercheurs rapprochent Sara de la déesse indienne Kali, cette figure noire et puissante du panthéon hindou. Et quand on connaît les origines indiennes des peuples romani, difficile de ne pas voir le lien.

L’Église aurait, comme souvent, “christianisé” une croyance plus ancienne pour mieux l’intégrer au culte local. Résultat : Sara devient Sainte Sara la Noire. Une figure protectrice des voyageurs, des exclus, des peuples sans royaume.

Et franchement, entre nous, cette histoire d’une ancienne déesse venue des profondeurs de l’Inde, aujourd’hui vénérée dans un village camarguais balayé par le mistral… avouez que ça donne quand même une sacrée dimension mystique au personnage.

La descente à la mer : le moment où tout bascule

Le point culminant du pèlerinage, c’est la procession du 24 mai.

La statue de Sara, gardée toute l’année dans la crypte de l’église des Saintes-Maries, est sortie portée par la foule. Et là, ça devient presque irréel.

Des milliers de personnes serrées les unes contre les autres. Des chants. Des pleurs. Des mains levées. Des hommes à cheval autour de la procession. Et Sara qui avance jusqu’à la mer.


Quand la statue entre dans l’eau, la foule explose d’émotion. Certains prient, d’autres chantent, d’autres restent silencieux avec les larmes qui coulent. Même les touristes qui étaient venus “voir le folklore” comprennent à ce moment-là qu’ils assistent à quelque chose à la dimension mystique.

Ce n’est pas un spectacle. C’est un peuple qui trouve son âme.

Une sainte qui ne dort jamais

Et contrairement à ce qu’on croit, le culte de Sara ne dure pas seulement deux jours par an. Toute l’année, des familles gitanes viennent dans la crypte de l’église des Église des Saintes-Maries-de-la-Mer. On y voit des cierges, des photos, des plaques de remerciement, des robes offertes à la sainte. Sara est habillée, changée, fleurie, honorée sans arrêt.

Parce qu’au fond, pour beaucoup de Gitans, elle représente bien plus qu’une sainte. Elle représente leur identité. 

Et ça, en Camargue, on l’a compris depuis longtemps.

Greg - 26 mai 2026

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