L’étang de Berre : un géant provençal en quête d’équilibre

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Etang de Berre

Avec ses 155 km² – et près de 170 km² pour l’ensemble lagunaire – l’étang de Berre figure parmi les plus vastes étendues d’eau d’Europe, et le plus GRAND de France. Il se classe d’ailleurs en tête des lagunes françaises, devant l’étang de Thau (75 km²) et l’étang de Salses-Leucate. 😎

Contrairement à un lac, qui est un plan d’eau naturel, généralement vaste, profond et entièrement constitué d’eau douce – comme le lac du Bourget (45 km²) – une lagune est un étang en lien avec la mer, dont les eaux sont dites saumâtres. L’étang de Berre appartient donc à cette catégorie. Sa particularité tient à son fonctionnement unique : il constitue le réceptacle naturel en eau douce de l’Arc et de la Touloubre, ce qui crée un équilibre singulier entre apports fluviaux et influence marine. Il est ainsi composé d’environ 70 à 80 % d’eau douce et 20 à 30 % d’eau salée, un mélange fragile qui façonne toute sa dynamique écologique.

Histoire

Longtemps considéré comme la mer intérieure provençale, limite surnommé le « Lac Léman de Provence » il a subi au cours du XXe siècle une dégradation écologique majeure liée aux activités humaines.

Avant sa dégradation industrielle, l’étang de Berre constituait un véritable pôle économique et social traditionnel, largement structuré autour de la pêche. Jusqu’au milieu du XXe siècle, il était considéré comme l’un des étangs les plus poissonneux de Méditerranée. On y pêchait en abondance des espèces comme l’anguille, le mulet, la daurade ou encore le loup (bar), faisant vivre plusieurs centaines de pêcheurs professionnels répartis dans les villages riverains comme Martigues, Saint-Chamas ou Istres.
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Dégradation

À partir des années 1960, l’industrialisation de ses rives et surtout l’exploitation hydroélectrique de la Durance ont profondément modifié son équilibre naturel qui lui ont donné une réputation sulfureuse.

Le principal facteur de perturbation provient de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, exploitée par EDF, mise en service en 1966. Chaque année, les rejets d’eau douce peuvent atteindre plus d’un milliard de mètres cubes, soit un volume équivalent, voire supérieur, à celui de l’ensemble de l’étang de Berre lui-même, estimé autour d’un milliard de mètres cubes.

La centrale a été construite pour exploiter la puissance hydraulique de la Durance. L’eau, une fois turbinée, est rejetée dans l’étang de Berre, considéré à l’époque comme un exutoire naturel.Elle est l’une des plus puissantes centrales hydroélectriques de France. Elle produit chaque année entre 2 et 2,5 TWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation d’une grande ville comme Marseille. Elle est construite ici à cause de la forte dénivelée entre la Durance et l’étang, la proximité de zones industrielles (Marseille, Fos).

Or, l’étang de Berre étant une lagune naturellement salée, cet apport massif a entraîné une chute de la salinité et un déséquilibre durable. L’eau douce, plus légère, reste en surface tandis que l’eau salée stagne en profondeur, provoquant une stratification qui empêche l’oxygénation des fonds.

Responsabilités

La dégradation de l’étang de Berre est aujourd’hui largement attribuée à deux grandes sources. Les apports d’eau douce liés à EDF représentent la part dominante du déséquilibre écologique, estimée entre 70 et 80 % de l’impact global, car ils modifient directement la salinité et le fonctionnement même de la lagune. Les activités industrielles et urbaines (raffineries, pétrochimie, stations d’épuration) contribuent quant à elles à hauteur d’environ 20 à 30 %, notamment via des rejets de polluants et de nutriments. Si ces proportions sont des ordres de grandeur, elles permettent de comprendre que le problème de l’étang est avant tout un déséquilibre hydrologique, plus qu’une pollution chimique seule.

Ce phénomène a conduit à des épisodes d’anoxie, c’est-à-dire un manque d’oxygène dans les eaux profondes, entraînant la disparition de nombreuses espèces. La biodiversité a fortement régressé, les herbiers marins ont presque disparu et certaines crises écologiques ont marqué les esprits, notamment celle de 2018 où une grande partie de l’étang a été touchée par une mortalité massive de la faune.

Dès 2004, la France a été condamnée par la justice européenne pour ne pas avoir suffisamment protégé cet espace naturel, notamment en raison des rejets d’eau douce. Cette décision a marqué un tournant, obligeant à mieux encadrer les pratiques et à réduire les apports.

Ces dernières années, de nouveaux rebondissements ont relancé le débat. En 2024, un accord a été trouvé entre EDF et les acteurs locaux afin de mieux réguler les rejets, notamment en les adaptant aux saisons pour limiter leur impact en période estivale. Un protocole expérimental a également été mis en place pour suivre l’évolution de l’écosystème sur plusieurs années. En parallèle, des actions en justice ont encore été engagées récemment pour contraindre l’État et EDF à accélérer la restauration du milieu, preuve que le sujet reste sensible et loin d’être totalement résolu.

Amélioration

Malgré ces tensions, la situation montre des signes encourageants. Depuis une vingtaine d’années, les efforts conjoints ont permis une amélioration progressive de la qualité de l’eau. La réduction des rejets, le suivi scientifique et les politiques de restauration ont favorisé le retour de certaines espèces et la réapparition partielle des herbiers marins. L’étang reste toutefois un milieu fragile, dont l’équilibre dépend étroitement de la gestion des apports en eau douce et des activités humaines.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de lutter contre la pollution, mais de trouver un équilibre durable entre les usages industriels, énergétiques et la préservation de cet environnement unique. La pêche n’a pas disparu, mais elle est devenue marginale. Il reste environ 15 à 20 pêcheurs professionnels.Avec une production de quelques dizaines de tonnes par an (variable selon les années), principalement : mulets, loups (bars), dorades, anguilles.

Greg - 21 mars 2026

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