
À la veille du 14 juillet, la prise de la Bastille occupe naturellement une place centrale dans la mémoire nationale. Pourtant, quelques mois plus tard, Marseille connaît un épisode révolutionnaire d'une importance comparable à l'échelle de la Provence : la prise des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas. 😎
Longtemps relégué au second plan, cet événement constitue l'un des actes fondateurs de la Révolution dans le Midi.
Une révolution aux causes multiples
La Révolution française ne saurait être réduite à la seule diffusion des idées des Lumières. Elle résulte de la convergence de multiples facteurs : une crise financière persistante, une pression fiscale largement contestée, les difficultés d'approvisionnement, la remise en cause des privilèges et une défiance croissante envers les élites qui monopolisent les pouvoirs politiques et municipaux.À Marseille, ces tensions prennent une forme particulière. La municipalité patriote, élue au début de 1790, s'appuie sur la Garde nationale pour affirmer son autorité face aux représentants du pouvoir royal. Les fortifications qui dominent le Vieux-Port deviennent alors un enjeu politique autant que militaire.
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Les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, symboles de l'autorité royale
Édifiés après la soumission de Marseille à Louis XIV en 1660, les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas avaient officiellement pour mission de protéger la rade. Cependant, leur implantation et l'orientation d'une partie de leurs batteries rappelaient également la volonté de la monarchie de maintenir la ville sous contrôle.À la fin du XVIIIᵉ siècle, ces forteresses incarnent, aux yeux d'une partie des Marseillais, la permanence de l'absolutisme. Elles deviennent les équivalents provençaux de la Bastille parisienne.
La prise des « Bastilles marseillaises »
Le 30 avril 1790, après la prise du fort de Notre-Dame-de-la-Garde, la mobilisation populaire se dirige vers les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean.Le fort Saint-Nicolas est investi sans véritable affrontement. Au fort Saint-Jean, la situation est plus tendue. Si le commandant accepte finalement de céder, le major Louis-Sauveur-Hippolyte de Beausset refuse de remettre les armes et tente d'empêcher l'entrée des commissaires municipaux. Une partie des soldats du régiment de Vexin refuse toutefois d'ouvrir le feu sur la population et fraternise avec les insurgés.
La chute des deux forteresses marque l'effondrement, à Marseille, d'un des principaux symboles du pouvoir monarchique.
Le massacre du major de Beausset
La prise des forts ne met cependant pas fin aux violences.Convaincue que le major de Beausset menace les représentants municipaux, la foule s'empare de l'officier malgré les tentatives de la Garde nationale pour le protéger. Il est massacré près de la Major, puis sa tête est exhibée au bout d'une pique dans les rues de Marseille.
L'épisode rappelle inévitablement le destin du gouverneur de la Bastille, Bernard-René Jourdan de Launay, tué à Paris le 14 juillet 1789 avant que sa tête ne soit également promenée dans la capitale. Dans les deux cas, la violence populaire accompagne la destruction d'un symbole de l'Ancien Régime.
Une mémoire aujourd'hui largement effacée
Dans les semaines qui suivent, les Marseillais commencent à démolir les parties du fort Saint-Nicolas tournées vers la ville, perçues comme les instruments matériels de leur soumission. L'Assemblée nationale ordonne finalement l'arrêt des destructions afin de préserver ces ouvrages pour la défense du littoral.Si la prise de la Bastille est devenue le grand symbole national de la Révolution française, la prise des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas demeure l'un des épisodes les plus significatifs de l'histoire révolutionnaire provençale. Elle témoigne de la manière dont les événements parisiens trouvèrent rapidement un écho dans les grandes villes du royaume, où les revendications locales se mêlèrent aux aspirations nationales pour donner naissance à une nouvelle conception du pouvoir et de la souveraineté.
Greg - 13 juillet 2026




