
À la Saint-Jean, les enfants de Provence soufflaient autrefois dans de petites trompettes d’argile appelées Toutouro pour dialoguer avec le vent. 😎
Une tradition aujourd’hui presque oubliée
Parmi les objets liés à la Saint-Jean en Provence, les trompettes d’argile occupaient une place particulière. Elles étaient connues sous le nom provençal de Toutouro ou Li Toutouro au pluriel.On les trouvait autrefois dans les foires de la Saint-Jean, aux côtés des herbes de la Saint Jean. Les marchands les vendaient surtout aux enfants qui les faisaient résonner dans les rues et sur les lieux de pèlerinage.
Fabriquées en terre cuite, ces petites trompettes étaient simples et peu coûteuses. Elles faisaient pourtant partie d’un ensemble de croyances et de pratiques beaucoup plus anciennes que leur apparence modeste pouvait le laisser penser.
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Le vent, une force omniprésente en Provence
La Provence vit depuis toujours au rythme du vent. Le mistral assèche les terres, couche parfois les cultures, chasse les nuages ou, au contraire, éloigne les pluies attendues par les paysans.Dans les traditions populaires, le vent n’était pas seulement un phénomène météorologique. Il était perçu comme une force agissante, parfois bénéfique, parfois dangereuse.
Les rites de la Saint-Jean associaient ainsi l’eau, le feu et le vent. Le souffle du vent participait symboliquement au cycle de la nature, de la fécondation des fleurs jusqu’à la maturation des récoltes.
Souffler pour maîtriser le vent
Selon plusieurs folkloristes provençaux, les Toutouro n’étaient pas de simples jouets. Leur usage semble lié à d’anciens rites destinés à agir symboliquement sur le vent.Le mot Toutouro pourrait d’ailleurs être apparenté à un ancien terme provençal dérivé de auro, qui signifie « vent ».
Lors du pèlerinage de la Saint-Jean à Saint-Jean-de-Garguier, entre Marseille et Aubagne, des groupes de pèlerins portaient soufflaient dans leurs trompettes d’argile. Ce vacarme collectif était interprété comme une forme d’exorcisme ou d’apaisement des vents jugés nuisibles aux récoltes.
La pratique s'inscrivait dans une tradition rurale où l'on cherchait à influencer les forces naturelles par des gestes symboliques plutôt que par des prières officielles.
Des traces jusque sur le mont Ventoux
L’un des éléments les plus étonnants est la découverte de nombreuses trompettes en terre cuite sur le sommet du mont Ventoux.Des chercheurs du XIXe et du début du XXe siècle y ont vu les vestiges d’anciens dépôts votifs liés au culte des vents. Toutes ces trompettes ayant été retrouvées brisées, certains auteurs ont supposé qu’elles étaient offertes au « maître des vents » afin de lui demander de calmer son souffle.
Cette interprétation reste discutée aujourd’hui. Les sources sont parfois anciennes et les preuves limitées. Mais elles montrent à quel point le vent occupait une place importante dans l’imaginaire provençal.
Un objet typiquement provençal
Les Toutouro semblent avoir été particulièrement présents dans l’est des Bouches-du-Rhône et dans la Provence historique. On les rencontre dans les récits liés à Saint-Jean-de-Garguier, au pays d’Aubagne, à Marseille et aux anciennes foires de la Saint-Jean.Ils témoignent d’un monde rural où le mistral n’était pas seulement observé mais aussi interprété, redouté et parfois défié par des gestes rituels.
Aujourd’hui, ces petites trompettes ont pratiquement disparu des fêtes populaires. Elles restent pourtant l’un des objets les plus singuliers du folklore provençal de la Saint-Jean, à la frontière entre jeu d’enfant, croyance paysanne et ancien culte du vent.
Greg - 22 juin 2026





