
Les Jeux olympiques d’hiver de 2026 en Italie offrent une occasion idéale de se souvenir d’un passé aujourd’hui largement oublié : celui des liens profonds, anciens et politiques entre la Provence et l’Italie. 😎
Bien avant le Moyen Âge, la Provence occupait déjà une place à part dans le monde romain. Elle fut la province la plus prisée de l’Empire, au point que les Romains la surnommèrent « l’autre Italie ». La densité exceptionnelle de monuments antiques en témoigne encore. À Arles, l’empereur Constantin établit même sa résidence en 308, conférant à la cité le rang effectif de capitale impériale.
Ce lien privilégié ne se rompt jamais vraiment. Il est si fort qu’au XIVᵉ siècle, lorsque Rome devient instable, les papes s’installent à Avignon pendant 68 ans (1309–1377). La Provence devient alors, de fait, un second centre du monde chrétien, presque un deuxième Vatican.
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Il convient de rappeler qu’une partie des vallées du Piémont a conservé sa culture et sa langue occitan-provençale, aujourd’hui reconnues officiellement comme langue régionale en Italie. On estime qu’encore de nos jours, près de la moitié de la population, soit environ 100 000 personnes, parle ou comprend ce dialecte.
Deux siècles d’histoire commune
Ce que l’on sait moins, c’est que la Provence ne fut pas seulement un refuge spirituel ou un héritage romain : elle exerça aussi, durant près de deux siècles, une domination politique majeure sur l’Italie.Tout commence en 1259. Le comte de Provence, Charles Ier d’Anjou, franchit les Alpes. Il s’empare de Coni, Albe, Cherasco, contrôle les vallées de la Maira et de la Stura, et impose sa suzeraineté aux marquis de Saluces, Ceva et Cravansana, qui se reconnaissent comme ses vassaux.
Il fait de Coni la capitale de son Piémont, y installe un sénéchal de Provence, et applique la même organisation en Lombardie. Devant l’ampleur de ses succès, les Romains vont jusqu’à l’élire sénateur de Rome.
Naples et la couronne angevine
En 1262, le pape lui propose la couronne de Naples, afin de briser l’influence de l’Empire en Italie. Charles doit affronter Manfred, fils de l’empereur Frédéric II, puis Conrad, son petit-fils, et sort vainqueur.Il faut quatre années de guerre pour soumettre ensuite la Sicile. Le 5 janvier 1266, Charles est couronné roi de Sicile à Rome, au palais du Latran.
Il devient alors souverain de Naples et de Sicile, tout en restant comte de Provence, protecteur des villes lombardes et du Piémont. La Provence et l’Italie sont désormais gouvernées par une même dynastie.
Mais le 30 mars 1282, les Vêpres siciliennes éclatent. L’île se soulève contre l’administration angevine et ouvre ses ports aux Espagnols. Le 5 juin, la Sicile est définitivement perdue.
L’apogée angevine
Son fils, Charles II, consolide néanmoins les positions angevines en Italie du Nord et fonde un véritable Piémont angevin. La cour s’installe durablement à Naples, qui devient le cœur du pouvoir.L’apogée survient sous Robert d’Anjou. Le pape Clément V le nomme vicaire impérial en Italie. Cette décision consacre les comtes de Provence comme arbitres suprêmes de l’Italie, à la jonction de la papauté, de l’Empire et des cités italiennes.
Sans jamais créer un État unifié, ils imposent une prééminence politique incontestable.
Une tentative de reconquête de la Sicile en 1314 échoue, mais la domination angevine sur l’Italie continentale demeure.
Robert est enterré dans l’église Santa Chiara, à Naples, sous un tombeau monumental, chef-d’œuvre de la sculpture napolitaine angevine.
Fin de l’Italie provençale
La dernière tentative pour reprendre Naples, perdue entre-temps, a lieu en 1434, menée par le roi René, sans succès. Son échec définitif en Lombardie en 1453 marque la fin de cette longue aventure.L’Italie provençale disparaît alors, mais elle laisse derrière elle deux siècles d’histoire partagée, qui ont durablement façonné la Provence comme l’Italie.
C’est au titre de comte de Provence, désormais intégré au domaine de la Couronne de France, que Charles VIII, roi de France, traverse l’Italie en 1494 afin de revendiquer à nouveau le royaume de Naples, héritage de la dynastie angevine.
Greg - 7 février 2026





